Les propositions de Stefan Piat, qu'elles relèvent de l'image fixe, de l'installation ou de l'image animée, engagent toujours la relation du regard à l'espace qu'il observe, explore, traverse, analyse et reconstruit. D'un côté la photographie de l'autre le mouvement, non tant de l'image que du regard. On peut concevoir cela comme un travail sur l'image et ses systèmes de représentation. On peut aussi le comprendre comme une mise en inquiètude de la présence, de la place du sujet, de sa solitude et de son errance. C'est ce qui explique l'intérêt apporté à l'interactivité et en général à la relation entre le spectateur et les images auxquelles il est confronté. L'une des choses les plus émouvantes dans ses propositions, c'est la façon dont s'y rencontre, au creux des images, ou en creux de leur fragmentation, de cette étrange tension qui les anime entre dispersivité et fluidité, décomposition et unité, la présence d'un regard et la temporalité propre à un lieu, à un espace, à une scène de vie. Il y a là quelque chose qui relève du travail du cinéma déplacé hors de ses moyens et de ses dispositifs habituels, une cinematographie discrète et légère dans ses formes, grave et sensible dans ce qu'elle met en jeu : le passage et la contemplation.

Jean Cristofol. 2006